Les Sculptures de trottoir, 2003 / Photographies couleur contre-collées sur aluminium, châssis affleurant (66 x100 cm) / Édition galerie Patricia Dorfmann Paris, 2004
Action culturelle
Dossier de presse
Petit journal
Raymond Hains, Cécile Paris, Philippe Richard, Franck Scurti, Olivier Soulerin, Morgane Tschiember
Commissaire : Marion Daniel
« Je suis moi-même une espèce de collectif du fait que mon nom est déjà pluriel », disait Raymond Hains. Les cinq artistes qui exposent avec lui ont accepté de former ce collectif. Dynamique, polymorphe et en mouvement, l’œuvre de Raymond Hains appelle tout particulièrement ces réponses de jeunes artistes. En 2008, une première exposition produite par le FRAC des Pays de la Loire intitulée "Comme le verre à travers le soleil. Autour de Raymond Hains", était présentée au Domaine de la Garenne-Lemot à Clisson. Dans ce second volet, elle acquiert une dimension davantage liée à la ville. C’est la dimension d’objet qui s’impose : l’objet de chantier enregistré par le photographe ou l’objet réel, agrandi, déplacé et transfiguré par rapport à sa fonction initiale. Car chez Hains, les choses adviennent et se transforment par la photographie. Avec ses "Palissades", Raymond Hains instaure le prélèvement de simples objets de l’espace urbain comme acte fondateur. L’image en deux dimensions recherchée dans les affiches lacérées est délaissée, au profit du support. Revenant sur ce changement de focale, de point de vue dans l’œuvre de Raymond Hains, l’exposition "Sculpteurs de trottoir" associe trois séries d’œuvres : les photographies de chantier – vue d’un parpaing, d’un niveau à bulle, d’une grue – intitulées "Sculptures de trottoir" réalisées entre 1998 et 2005, les "Palissades" et les objets en trois dimensions. Dans les trois cas, l’œuvre est envisagée comme fabrique, construction en devenir (et impossible à finir). Toute la poétique de Hains y est présente. À travers ces trois séries, le « sculpteur de trottoir » n’apparaît pas seulement comme celui qui "vole" directement un objet de l’espace urbain, le transforme ou le reproduit dans des dimensions gigantesques. C’est aussi le flâneur qui, muni de son appareil photo, prélève des images, inventant des histoires, des séquences visuelles, sur un mode poétique. Avec Morgane Tschiember, Philippe Richard et Olivier Soulerin, le travail de Raymond Hains se lit dans le lien très fort qu’il entretient avec les formes, les couleurs, les matériaux. Articulant une pensée de la couleur et du support qui acquiert une dimension picturale, palissades et photographies sont ici envisagées dans leur matérialité et leur aspect mural : elles déterminent des espaces et des champs de vision tout en obturant, en bouchant la vue. De leur côté, Cécile Paris et Franck Scurti développent des réponses photographiques, filmiques et sculpturales, qui sont autant de visions et d’histoires urbaines.
Marion Daniel (1978) travaille sur les relations entre l’image et le texte et sur les écrits d’artistes. Critique d’art et commissaire d’expositions, docteur en littérature française, c’est la deuxième exposition qu’elle organise autour de Raymond Hains (Villa de la Garenne-Lemot, 2008). A publié "Raymond Hains, La boîte à fiches", éditions Analogues / FRAC Bretagne, 2006 ; "Jean-Pierre Pincemin, le tout petit motif", École d’arts de Châtellerault, 2007. Écrit régulièrement pour le magazine sur Internet Poptronics.